J’ai lu pour vous : L’Abolition, par Robert Badinter

Aujourd’hui, on va faire un petit peu de droit. Oh ça va hein, compte tenu de mon job je pourrais vous bassiner avec ça vachement plus souvent. J’ai fait des études de Droit donc, et pendant ma licence j’ai suivi des cours de libertés publiques. Ça sonne pas super glamour comme ça mais en très gros on étudiait les décisions de justice françaises et européennes qui ont fait avancer les Droits de l’Homme en France et celles qui nous ont foutu la honte (genre quand on a été condamnés pour torture dans un commissariat y a pas si longtemps, ou quand on nous a dit que le lancer de nain, même s’il était d’accord, était contraire à la dignité humaine. Si on peut même plus s’amuser.). J’étais absolument FAN de ce cours d’autant plus que mes deux profs étaient géniaux. Je voulais devenir avocate à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, défendre les opprimés avec des « J’ACCUUUUUSE !! » dans ma belle robe noire, tout ça. Le truc hyper réalisable quoi. Et puis je me suis rendue compte que les débouchés dans cette branche étaient proches du néant, donc je me suis tournée vers le droit du travail, parce que les licenciements, ça, ça a de l’avenir (vous inquiétez pas, j’ai déjà ma place en Enfer depuis un bail). Oui bon, j’ai perdu pas mal d’idéaux dans la bataille et je réfléchis à une reconversion, j’espère que mon prochain métier sera…un peu plus humain. Mais bref.

Je suis née dans une France sans peine de mort. A 3 ans près, mais quand même, c’est important pour moi de pouvoir dire « la peine de mort ? Oulà j’étais même pas née quand ils l’ont abolie, on est un pays civilisé nous hein ». Oui je sais, je suis encore pleine d’illusions.

Si je pouvais rencontrer une personnalité décédée ce serait Coluche. Si je pouvais rencontrer une personnalité encore vivante, ce serait Robert Badinter. Je voue une admiration sans limite à ce mec. Plus tard, dans une prochaine vie où il aura mon âge, je me marierai avec lui et ensemble on changera le monde. Quand je l’entends parler, encore aujourd’hui, ses paroles respirent tellement la sincérité, l’évidence et la vérité que j’en ai souvent les larmes aux yeux. Je me rappelle d’une intervention de sa part sur France Inter à propos de la chasse aux sorcières immigrés, qui m’avait coupé le souffle. J’avais eu envie d’arracher mon soutif, de l’envoyer sur l’ordi en criant « EPOUSE MOI ROBEEEEEEEEEEEERT !! ».

Pour ceux qui ne le savent pas, Robert Badinter est (enfin était, la retraite existe encore) avocat. En 1972, il perd le procès Bontems, il ne parvient pas a éviter la guillotine à son client, malgré la simple complicité de meurtre retenue contre lui et doit assister à son exécution. A cet instant, de simple sympathisant de la cause abolitionniste, il en devient un farouche militant et évite la guillotine à pas mal de causes perdues (« Vous ne vous rendez pas compte de ce qu’on vous demande de faire. La guillotine, qu’est-ce que c’est ? Prendre un homme vivant et le couper en deux morceaux »). On se souvient de Patrick Henry qui avait kidnappé un mioche pour obtenir une rançon de la part des parents, l’avait tué, et avait témoigné à la télé en disant qu’il espérait qu’on retrouverait le petit garçon vivant et que la personne qui avait fait ça méritait la peine de mort. Un mec bien quoi.

On a même un petit panier pour recueillir la tête <3

Pendant 10 ans il se bat contre la peine de mort et gagne tous ses procès en la matière. Ami de Mitterrand, qui lui propose le poste de ministre de la justice quand le PS arrive au pouvoir en 1981, avec pour première tâche l’abolition. Ce sera ENFIN chose faite le 9 Octobre 1981. Il faut savoir qu’on était quand même le dernier pays de l’UE à encore utiliser a peine de mort hein, alors pour le pays des Droits de l’Homme, je pense qu’on a pas trop de quoi être fiers.

En tant que ministre de la justice, il supprimera la loi pénalisant les relations homosexuelles avec un mineur pour des âges où les relations hétérosexuelles étaient légales, et permettra aux citoyens français de saisir la cour européenne des droits de l’Homme.

Par la suite, il sera président du Conseil Constitutionnel (la juriste en moi frétille à cette idée. Nous ne sommes pas fous vous savez, nous sommes presque comme vous), participera à la rédaction de la Constitution roumaine, sera l’instigateur du nouveau code pénal, enfin bref, que des trucs vachement cool que toi tu te dis que t’es qu’une merde à côté.

Le livre raconte la période de 1972 à 1981, son combat pour l’abolition à contrecourant de l’opinion publique (il a écrit un autre livre, l’Execution, sur le procès Bontems/Buffet, chronologiquement juste avant celui ci). Et il m’a filé des frissons. J’avais commencé à le lire en 2008, et comme j’étais conne j’avais jamais fini. Mon Kobo d’amour m’a offert une 2ème chance et j’ai lu l’Abolition en 48h. Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis dit qu’il était bien loin le temps où les politiques avaient des convictions, des rêves pour leur pays, des idées qui les prenaient aux tripes et qu’ils portaient coûte que coûte, parfois contre l’avis des français. Parce que oui, la masse est stupide et c’est pour ça que c’est pas à elle qu’on donne directement le pouvoir de décider, sauf à être encore plus dans la merde qu’actuellement. J’en veux pour preuve le succès inquiétant de la page Facebook de soutien au bijoutier de Nice, une histoire que tout le monde a oubliée depuis que Leonarda s’est fait foutre dehors. Leonarda qui sera elle-même éclipsée si un épisode neigeux atteint la France un peu trop tôt. Mais breeeeeeeeeef.

Si vous voulez vous culturer un peu, vous rappeler ce qu’était la France avant l’abolition de la peine capitale et vous rendre compte à quel point ça n’a pas été une promenade de santé, voir ce que c’est d’avoir une conviction politique et idéologique qui vous tient plus de 3 semaines, vous rendre compte que parfois il faut aller contre l’avis général pour prendre une décision juste et humaine, et que vous n’avez pas envie de vous prendre la tête avec un texte laborieux à lire, alors lisez l’Abolition. Après avoir eu honte de l’attitude des français face à la peine de mort, Badinter saura vous redonner foi en l’Humanité. Par contre après regardez pas la télé, parce que je peux pas vous garantir que ça durera. Robert, je t’aime <3.

Lulu

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A propos Lulu

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